octobre 15, 2008

Résumé de mémoire universitaire - Evolution des densités, pratiques et images des rives de la RD 992 à Colombes

Evolution des densités, pratiques et images des rives de la RD 992 à Colombes - Densification et évolution de l'espace vécu en petite couronne parisienne - Résumé de mémoire universitaire soutenu en septembre 2008 sous la direction d'Antoine Brès - Magistère Aménagement et Urbanisme - Paris 1 - Panthéon Sorbonne. 135 pages.



“La porte du Grand Colombes“, ”Les Champs-Elysées de Colombes”, ”Nouveau boulevard urbain”,“Les portes de La Défense“... Les enjeux économiques, politiques et sociaux ouverts par l'évolution des rives d'un axe d'importance régional stimulent les volontés politiques d'associer à un événement urbanistique un projet capable de trouver sa place dans les pratiques et les images locales de la cité. La RD 992, désignée “boulevard Charles de Gaulle” dans sa partie traversant l'ouest de la commune de Colombes, se situe au coeur du processus de densification de la petite couronne parisienne observée depuis les années 1970. Comme sur d'autres radiales franciliennes, l'urbanisation participe ici à un englobement de l'urbain existant, et de ces centralités, à partir des rives de l'axe.


D'une conception fonctionnaliste de la ville à des logiques attachées à l'image, l'évolution de ce quartier fragmenté bouleverse les formes de l'espace vécu du Petit Colombes. Alors que le “rond-point du Petit-Colombes” ou le croisement des rues “Colbert/Gabriel Péri” apparaissent aujourd'hui comme des centralités éteintes, l'analyse de certaines parties du territoire montre la constitution de nouveaux centres. Les opérations ponctuelles réalisées le long de l'axe semblent essayer de s'intégrer de manière nouvelle à l'espace public, en anticipant l'effet “structurant” du tramway apte à générer de la riveraineté le long de l'axe. Cette question de l'intégration des îlots riverains à la voie en lien avec la modification des conditions de circulation en petite couronne reste peu traitée aujourd'hui, alors qu'elle constitue un des principaux mode de production de la ville aujourd'hui. C'est ce constat qui justifie la problématique suivante: la densification radiale en petite couronne est-elle l'occasion de redéfinir, voire dépasser, la conception en terme de centralité de l'espace vécu ?


L'explication de l'évolution des centralités en petite couronne grâce à l'approche en terme d'inscription territoriale des mouvements et des formes de riveraineté (BRES, 2003) s'avère éclairante dans le cas du boulevard Charles de Gaulle (RD 992), voie radiale d'importance de l'agglomération parisienne et de La Défense. Territoire de rejet d'activités industrielles caractérisé par un urbanisme de bloc et de rives pavillonnaires étendues, le Petit-Colombes s'est construit au long du 20ème siècle dans un face à face opposant acteurs de l'aménagement étatiques et communaux. L'expression de ce conflit d'acteur s'illustre par la servitude d'élargissement pesant sur les parcelles en façade du boulevard jusqu'en 1975, empêchant tout construction nouvelle ou réhabilitation.



30 ans après l'aménagement du profil actuel du boulevard, la requalification de la voie annoncée par l'arrivée du tramway enclenche une rénovation de ses rives, au cœur de laquelle s'impose l'image d'une certaine modernité incarnée par la CBD de La Défense. Le passage d'une situation de sortie de ville (années 1980) à celui d'un « boulevard urbain » (années 2020 ?) se réalise selon trois dimensions – la riveraineté, l'image, et les fonctions – au premier plan de laquelle la riveraineté, et la capacité du quartier à « faire halte », apparait comme un des facteurs majeur de la renaissance en terme de centralité du Petit-Colombes. Cette définition de la centralité au Petit-Colombes permet d'établir un certain nombre de constats quant à l'évolution présente et future du quartier.



Les évolutions récentes des formes urbaines du boulevard et de ses rives dessinent 3 grandes séquences correspondantes aux futures haltes du tramway, autour desquelles s'affirment des formes plus ou moins concrètes de centralités: la centralité « Rond-point », marquée par l'image de sortie de ville « finie » par l'autoroute, dont l'intermodalité T1-T2 prévue pourrait reconstituer une trame commerciale aujourd'hui pauvre. La centralité « sud » affiche une image « moderne », mais reste ségrégée de la ville et du boulevard par une intégration de la voiture dissociée de la voie, de sorte que l'espace vécu des cols-blancs de ce secteur ne franchisse pas la rive est du boulevard. Troisième centralité structurée par le tramway, le carrefour des quatre chemins, entre-deux des territoires du Petit-Colombes et du Petit-Nanterre dont la centralité commerciale demeure encore, malgré la reconstitution des équipements publics sur les rives nord du boulevard.



Il ressort des évolutions récentes qu'aucun de ces espaces ne s'affirme en lui-même à travers les trois conditions de la centralité définies. C'est ce qui justifie l'enjeu de la couture de ces trois espaces dans un dessein de « boulevard urbain ». Le projet de « boulevard urbain commercial » revendiqué par le pouvoir politique à travers l'expression de « Champs Elysées de Colombes », se heurte à des limites, puisque la fonction résidentielle du quartier s'est en certains lieux intensifiée, et que le renouvellement des types de commerces reste modéré. Si l'évolution du boulevard tend à constituer un espace vécu mis sous tension autour de l'ensemble du boulevard, le choix de l'essor d'un pôle hôtelier (ZAC Charles de Gaulle et ZAC Marine), ou d'une certaine intégration de la voiture dissociée de la voie, limite la possibilité de riveraineté.



L'idée générale que l'on pourrait retenir à l'issue de l'analyse de l'évolution des espaces vécus du Petit-Colombes est que la requalification de la voie par le tramway ne suffit pas à elle-seule à revitaliser les pratiques d'un lieu. Assurer les modalités de la halte automobile selon une configuration propice à générer de la riveraineté est tout aussi important, car si la circulation automobile diminuera manifestement sur la RD 992, elle restera encore un vecteur majeur d'urbanité à prendre en considération. De même que la question des modalités de la halte des circulations cyclistes et deux roues apparaissent décisives. Enfin, on retiendra l'idée que l'empreinte sociologique inhérente au territoire doit être prise en compte dans le projet, afin que la 3ème phase de rénovation du boulevard ne créée pas un nouveau traumatisme urbain. L'urbanisme « vernaculaire » apparaît dans cette perspective comme essentiel dans la mise sous tension des espaces centraux à l'image du carrefour des quatre chemins, ce que les logiques financières appliquées jusque là n'avaient réussies à faire que faiblement avec le développement hôtelier du boulevard. A ce titre, le territoire du Petit-Colombes et ses inerties recèle de qualités sociales, économiques, géographiques, et patrimoniales, pouvant constituer le nouveau point de départ de la pacification, puis du développement, du boulevard.






Mémoire universitaire - Le "Petit-Colombes" demain, un territoire central ?

octobre 11, 2008

Urbanisme souterrain à Kiev, Ukraine


Lundi 6 octobre, 3 heures du matin. Les lumières du passage souterrain situé au croisement de Shevchenka Street et Khreschatyk Street, dans le centre-ville de Kiev, sont encore allumées. Le vigile, assis sur sa chaise depuis la tombée de la nuit, ne fait pas attention aux cris de trois anglophones ivres provenant d'une allée éloigné. Un niveau plus bas se trouve la salle de jeux en ligne et de connexion Internet. C'est le lieu préféré des geeks de Kiev. Parmi la centaine d'ordinateurs, près du tiers sont occupés à cette heure tardive grâce au tarif nuit complète à 3 euros. C'est le seul commerce du passage à rester ouvert pendant la nuit, le reste de l'activité nocturne se concentrant sporadiquement autour de la machine à café et d'une salle de jeux d'argent.

Le passage souterrain, élément d'urbanité

Le passage sous-terrain, forme urbaine récurrente des villes de l'est de l'Europe, est un élément central des grandes villes de l'ex-URSS. Sa fonction première consiste à la traversée des axes de circulation automobile. Kiev, Moscou, Varsovie, Tallinn, jusqu'à Erevan en Arménie, ils participent à une stricte séparation des flux piétonniers de la voie, territoire de l'automobile. Sans être nécessairement reliés aux métros, ces espaces sont également consacrés à des usages de « haltes », à commencer par le commerce. Cet héritage d'un urbanisme d'un autre temps est aujourd'hui un élément urbain avec lequel il faut faire. D'autant que ces espaces ne souffrent pas nécessairement d'une image mauvaise, associée par exemple aux couloirs de métros parisiens dont la fonction principale reste la circulation. Ces passages accueillent une grande partie de ce que vendent traditionnellement les « commerces résidentiels »: presse, jeux vidéos, snacks, cigarettes, vêtements...



Un espace lié aux évolutions économiques de la ville

La place de l'Indépendance (Maydan), lieu névralgique de la lointaine révolution orange de 2004, possède elle-aussi son réseau de passage souterrain. Ici toutefois, le statut central du lieu a légitimé une évolution inattendue des commerces qu'il accueille. « Swarowski », « Hugo Boss », « Sinéquanone »... ce sont des enseignes haut de gamme, voir de luxe, qui ont colonisé cet espace. La fonction de halte a fini par prédominer sur la fonction circulatoire, et l'espace public a été investi par des terrasses de café. Le « remodelage » de l'urbanisme souterrain a aussi donné lieu à la percée d'une baie géante ouvrant le souterrain de Maydan aux rayons du soleil.




Un urbanisme mis sous tension par sa localisation centrale dans la Ville ?

On imagine mal ces espaces fonctionner en périphérie aussi bien que dans le centre-ville de Kiev. Et très vite, quand on s'éloigne du centre, ces passages deviennent de simples couloirs sans commerces. Si les divers passages souterrains centraux se sont « spécialisés » dans des usages précis (commerce haut de gamme, internet, garderie d'enfants), complémentaire à l'usage circulatoire, les mêmes types d'espaces en périphérie restent peu attractifs. Leur caractère anxiogène et exigüe prend le dessus sur d'hypothétiques usages liées à un lieu « urbain ». De plus, la dissociation extrême entre espace du piéton et espace de l'automobile, induite par ces passages souterrains, contribue à accroître la dimension automobile du centre-ville, quand la congestion automobile, croissante à Kiev, n'a pas déjà rendue obsolète la vocation des passages à fluidifier la circulation automobile. Le modèle du passage souterrain est donc bel et bien révolu. Leur reconversion en tant que bâti existant à remodeler interpelle toutefois sur les pistes possible à suivre pour réhabiliter en France des espaces similaires, tels les couloirs de métro parisiens, ou encore les Halles.



En arrière-plan, la baie vitrée du réseau de gallerie commerciale "souterraine" de Maydan

novembre 20, 2006

« Au Pauvre Diable », une survivance discrète du XIXème siècle au cœur de Dijon




































Situé dans le centre-ville de Dijon, se dresse un bâtiment parfaitement intégré dans le tissu urbain du coeur historique,au fronton duquel on peut lire l’inscription « Au Pauvre Diable ». Aujourd’hui occupé par l’enseigne H&M, à deux pas des Galeries Lafayette dijonnaises, les clients fréquentant ce bâtiment ont changé depuis la fin du 19ème siècle où fut créée cette enseigne, mais on continue tout de même de venir y acheter des produits textiles. Le 19ème siècle est l’avènement en France des nouvelles méthodes de vente. A l’application des principes de production capitalistes de ces temps de révolution industrielle, et de l’interdiction des corporations mettant fin aux magasins spécialisés, se développent les célèbres Grands Magasins. Des enseignes comme « Au bon Marché », puis « Le Printemps » et « La Samaritaine » se répandent dans les cœurs de ville, allant même jusqu’à en bouleverser l’organisation urbaine. Cet essor formidable ne profite pas pour autant aux classes populaires immédiatement, la véritable démocratisation arrivant plus lentement. Elle prendra forme à travers des magasins alors plus adaptés à la solvabilité de ces milieux. « Au Pauvre Diable », nom provocateur aujourd’hui, (c’était parfois aussi « Au Pauvre Jacques » ou « Au Gagne-petit ») évoque bien la clientèle visée par ces commerces où se pratiquaient couramment le crédit et la vente au détail. C’est un réel progrès pour ces classes « laborieuses » qui peuvent profiter des économies faites grâce à ce nouveau système où les exploitants du magasin font bénéficier aux clients des marges tirées des différentes économies ; économies d’espace, approvisionnement directe au producteur sans intermédiaires,... Il fallut attendre la seconde révolution industrielle accompagnée des décennies de croissance florissante de l’après-guerre pour que l’on puisse véritablement parler d’une démocratisation du commerce, avec le développement des hypermarchés périphériques. Apparaissaient dans le même temps de nouvelles problématiques liées à ces nouveaux modes de commerce.

Aujourd’hui, l’inscription gravée sur le fronton du magasin à la belle architecture est certainement vide de signification pour les passants et grand nombre de clients fréquentant le magasin. La sociodémographie de la clientèle du H&M diffère très certainement beaucoup de celle d’Au Pauvre Diable il y a 1 siècle. Les clients sont plutôt jeunes, de 18 à 35 ans probablement, et même s’ils profitent de la mode à prix moyen, sont loin d’être majoritairement issus des milieux populaires d’aujourd’hui. Les milieux populaires tendent à vivre de plus en plus éloigné du centre-ville, et malgré des réseaux de transports généralement développés et efficaces, l’appropriation de l’ensemble des commerces par l’ensemble des strates de la société urbaine n’est pas effective d’après les enquêtes sociologiques. Les magasins « bons marchés » ne sont pas pour autant effacés des centres, puisqu’ils servent aux classes moyennes et aisées pour ajuster leur budget au profit des loisirs. Malgré cette présence marginale de quelques boutiques bon marchés, il n’empêche que le centre demeure un endroit cher, aux enseignes de produits locaux peu accessibles aux petits portefeuilles, ainsi qu’aux multiples boutiques de vêtements, modes et autres galeries commerciales. C’est dans ce milieu que se place aujourd’hui cette coquille vide de sens qu’est l’ancien magasin « Au Pauvre Diable ». Dijon, qui figure aux 2 premières places de classements des villes « dynamiques » et « agréables » dans deux hebdomadaires concurrents, veut tirer son épingle du jeu face à la concurrence des autres villes de province, en montrant notamment par son passé dont l’architecture peut témoigner, qu’elle a tout d’une grande ville. C’est une des manières de se montrer attractive aux entrepreneurs. A ce titre, l’enseigne « Au Pauvre Diable » illustre cette image de ville qui a su grandir. Mais elle fait aussi indirectement état de l’apparente sous-représentation des milieux populaires en ces lieux de vie qui ne correspondent plus vraiment à la leur. Des Galeries Lafayette et du « Pauvre Diable », seule les premières ont pu se maintenir en ce centre historique tout en évoluant. Le 2ème a disparu, et les milieux populaires vont le plus souvent effectuer leurs achats depuis la 2ème modernisation dans les hypermarchés et les hards-discount de périphéries. On peut aussi méditer à la vue de cette enseigne du nouveau lien qui unit aujourd’hui centre historique et commerce, un lieu de chalandise destinés à la vente de produits de loisirs, symbole de la société du tertiaire, où l’on va faire ces « courses de détente » (vêtements, restauration de qualité, cinéma,…) dans un environnement urbain agréable, à l’opposé des « courses corvées » du samedi après-midi. Cette dernière fonction urbaine du « commerce de détente » tend à être de plus en plus concurrencée par l’équivalent des regional shopping centers américain, offreuse des mêmes services mais dans la périphérie urbaine, dans de grands complexes réunissant toutes ces offres. Dès lors, on comrend mieux que la recherche d'urbanité prenne certainement plus de sens encore dans ces lieux centraux traditionnels pour les gens qui les fréquentent. Une quête d'urbanité qui peut s'expliquer par l'expression d'une volonté de vivre et s'afficher dans un milieu où l'urbain est connoté positivement dans les représentations, tentative d' appropriation du milieu social supérieur au notre.



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