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janvier 24, 2010

Skyline et poétique urbaine à Varsovie


La ligne d'horizon urbaine de Varsovie, composition moderne et brutale, est le premier élément visuel observable  de loin quand on arrive en voiture dans la capitale polonaise. La ville bâtie au bord de la Vistule a subi durant son histoire de multiples destructions, si bien qu'une grande partie de son urbanisme est hérité du 20ème siècle. L'"hypercentre" de la ville constitue aujourd'hui l'évènement urbain le plus marquant de ce paysage découpé par ces axes de circulations larges, territoires de l'automobile. Le monumental Palais de la Culture, "cadeau" de Staline à la ville qui constituait autrefois un symbole de grandeur technique et symbolique, contraste depuis avec l'ensemble de tours plus modernes et plus hautes qui l'entoure. La tour Marriott, et les autres tours construites dans les années 2000, impose un certain "cachet métropolitain" non sans rappeler les autres skylines des villes-monde. A l'intérieur des bâtiments, des enseignes internationales se sont installées : banques, commerces, bureaux d'affaires... On est au cœur de la course des métropoles mondiales que la sociologue Saskia Sassen évoquait en approchant le concept de global city, dans lequel le contrôle de l'image urbaine est un des enjeux  forts. La nuit tombée, la skyline s'illumine. Au 40ème étage de la tour Marriott, un panneau géant  fait défiler un message publicitaire pour le bar panoramique situé à son sommet. Point de vue superbe pour admirer le défilé urbain nocturne de la ville à la tombée de la nuit. C'est le Varsovie by night qui se découvre, ses  boites de nuit - Platinium, Lolek, Hot-L... - ses restaurants ou encore ses soirées électros sur les rives de la Vistule, au coeur de la jeunesse varsovienne. Si pour beaucoup de polonais Warsawa n'est pas la plus belle ville du pays, elle n'a pas fini de se développer dans ce sens. Ainsi pour le politologue américain George Friedman, la Pologne du fait de sa situation stratégique entre l'Ouest de l'Europe et la Russie redeviendra une grande puissance. A l'heure où le retour de "l'Europe des villes et des réseaux" touche le continent, le processus de métropolisation de Varsovie est loin d'être terminé, la place de la capitale en Europe va encore grandir.

Photos: Alexandre Laignel






décembre 18, 2009

Paris dans 20 ans... il y a 40 ans

L'image joue un rôle majeur dans la démarche de "Grand Paris" du Gouvernement, confiée aux 10 équipes d'architectes. Cartographie, croquis, perspectives... l'outil graphique devient souvent le principal support de communication du projet. Il y a 40 ans aussi, à l'heure de l'ascension du modernisme en France sous le Gouvernement De Gaulle et des Trentes Glorieuses, le "poids des images" dans la communication de masse est décisif. Le numéro 951 du journal Paris Match paru en juillet 1967 présente les traits d'un projet "choc" où le béton, la verticalité, et la dissociation des flux marquent un paysage parisien bouleversé.

Merci à Antoine Zbinden, l'ami urbaniste improvisé archéologue qui a déniché ce vieux numéro de Paris Match.



 








mai 18, 2009

La tour, vraie ou fausse solution pour la "Ville dense" ?

Ce support visuel pour l'exposé "Les tours, une vraie solution pour la Ville dense ?" présente les clés de lecture et de compréhension du débat sur les tours à Paris, à partir des concepts de densité (densité vécue, densité réelle), "ville dense", et formes urbaines. On a essayé de toucher aux différentes échelles dans lesquelles s'inscrivaient le débat: l'échelle régionale, celle qui sert souvent de référence pour l'aménagement de la région Ile-de-France et dans laquelle tente de s'inscrire le projet de "ville dense"; l'échelle mondiale, qui révèle différents modes de conception de la tour, et de la Ville; l'échelle parisienne, lieu des enjeux directs du débat; et l'échelle de la tour en elle-même, sous le prisme de témoignages d'une famille habitant le quartier de Beaugrenelle à Paris.

Exposé collectif réalisé
dans le cadre de l'enseignement "Enjeux environnementaux de l'aménagement" dirigé par Martine Tabeaud - Magistère 2/Master 1 Paris 1 Panthéon Sorbonne - Décembre 2007.



décembre 28, 2008

Dérive urbaine autour de la rénovation de la Gaité Lyrique

Les habitants du quartier de la rue Papin préfèrent l'appeler la « tristesse muette » plutôt que la « Gaité lyrique ». Entre abandon politique et projets insensés, le bâtiment construit en 1862 par l'architecte Alphonse Cusin a subi ce que certains qualifient de « désastre patrimonial », malgré l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Depuis le début des années 2000, le projet d'un espace de création et de diffusion voué aux musiques actuelles, et aux arts numériques, s'apprête à ouvrir une nouvelle ère pour le site. A l'heure de la course des grandes métropoles mondiales, l'objectif, défini par la maîtrise d'ouvrage, est de combler le retard accumulé par Paris dans le domaine des musiques « actuelles », à savoir le rap, l'électro et le rock, et en matière d'arts numériques. Sur le chantier, les constructeurs s'affairent à la rénovation de l'intérieur du bâtiment et à la restauration des derniers éclats architecturaux conservés du bâti original traumatisé par la furtive période du « parc de loisir », avant que ne soient mises en place les installations électroniques et télévisuelles qui donneront son âme au nouveau centre multimédia et musicale de la capitale parisienne.




D'Offenbach à la « Planète magique »


Construite en 1861 par les architectes Alphonse Cusin et Hittorf (concepteur de la place de la Concorde), la Gaité Lyrique voit le jour suite à la percée du boulevard Voltaire, alors siège du « théatre de la Gaité », qui amène à déplacer le théâtre à la rue Papin voisine. Une des plus grandes salle parisienne à l'époque, elle cherche à répondre à un des principes porté par Haussmann :"Faire des nouveaux théâtres des monuments dignes de la capitale de la France, les construire solidement et les décorer richement, y créer des accès larges et faciles, des salles bien éclairées, bien aérées...". Le vis-à-vis avec le square des Arts et Métiers permet de mettre plus encore en valeur cette architecture pour le plaisir des promeneurs. Jean Offenbach, qui en prend la direction à partir de 1872, contribue à faire du lieu le « temple de l'opérette »: récitals de Georges Guétary, des Compagnon de la Chanson, ou de Luis Mariano, feront de cette époque celle qui fait aujourd'hui le plus mémoire aux parisiens. Au début du 20ème siècle, la Gaité accueille le succès des ballets russes. Après les guerres mondiales, le lieu s'endort progressivement, accueillant encore quelques représentations, et malgré l'accueil d'une école de théâtre entre 1972 et 1978. Entre problèmes de sécurité et un portage politique de la ville peu enthousiaste, la Gaité se ferme sur le quartier jusqu'à la fin des années 1980.



Alphonse-Adolphe Cusin (1820-après 1895)Théâtre de la Gaîté, élévation de la façade principale et profilsVers 1861Mine de plomb, plume et encre noire, aquarelleH. 68,7 ; L. 102,7 cmParis, musée d'Orsay© Photo RMN, René Gabriel Ojéda

Dans les années 1980, Jean Chalopin, producteur de dessins animés, lance un projet de parc de loisirs en partenariat avec la Ville de Paris qui engage près de 26 millions d'euros. « La planète magique », ouvre à la fin de l'année 1989... elle est un échec cinglant au bout de quelques semaines. La réhabilitation du bâtiment s'élève à la somme de 280 millions de francs, soit près de 43 millions d'euros, et entraîne la destruction de la quasi-totalité de l'ossature du bâtiment. La grande salle à l'italienne de 1 800 places, et la fosse accueillant les orchestres, sont détruits. Il reste aujourd'hui de l'architecture initiale, suite à cette rénovation brutale, le hall d'entrée, le foyer, et surtout la façade de l'immeuble, des sculpteurs Eugène-Louis Godin et Amédée-Donatien Doublemard. Décomposé en trois ensembles caractérisés par des séries d'arcades, la façade est surmonté de loggias au premier étage. Elle donne à voir un édifice somptueux et au promeneur depuis le square des Arts et Métiers.

Le nouveau projet, entre « musique actuelle » et « arts numériques »


La nuit blanche de 2002 rouvre le lieu aux parisiens qui découvrent ce « lunar park », contrastant l'historicité de sa façade au futurisme ringard de l'intérieur avec les décors du parc de loisirs. Entre annonce politique et magnification architecturale, l'éphémère de l'évènement Nuit Blanche, mis en place pour l'occasion par un scénographe, contribue à interpeller et questionner les passants sur l'existence de ce lieu. La partie du projet voué aux « arts numériques » constitue l'apport majeur de la réhabilitation du site. La rénovation conduite par le maître d'œuvre « Manuelle Gautrand Architectes » prévoit la restauration des derniers héritages architecturaux du bâtiment décrits plus haut: la façade, l'entrée, et le foyer. Minoritaires, ces éléments composent 400 m² sur une surface totale de 10 000 m². Le projet annonce donc surtout le remodelage complet de l'intérieur du bâtiment.



Façade la Gaité Lyrique en chantier, vue de puis le square des Arts et Métiers

Photographie: Alexandre Laignel, Janvier 2009


Rompant avec la logique du musée monofonctionnel, la Gaité se voudra un espace de production artistique, avec une grande salle de spectacle de 308 places en spectacle (950 en concert), un théâtre des médias, et une salle de conférence d'environ 100 places chacun. A ces espaces dont la vocation sera clairement définie, l'architecte prévoit des « espaces de respiration », réponse aux besoins exigeant du marché de définition. Pour l'essentiel ces espaces accueilleront la partie « création » ainsi que les lieux "publics": expositions, médiathèque, ainsi que les cafés, et les accueils des publics. Modulables en fonction des évolutions des usages, ces espaces pourront être réaménagés pour mettre en lien, ou bien cloisonner, les grands ensembles du bâtiment.

Certains éléments hérités de la période "parc de loisirs" seront aussi réutilisés pour reconstituer le nouveau projet. Si cette période apparaît négativement dans l'histoire du lieu, la conservation de certaines de ces traces s'imposent parfois, comme pour les murs et les planchers, et dans d'autres cas elle se veut un acte du refus de reproduire à nouveau une table rase, à travers la conservation de certains éléments de qualité.


WEBOGRAPHIE

Le Moniteur - http://www.lemoniteur.fr/actualite/architecture_maitrise_oeuvre/travaux_theatre_parisien_gaite_lyrique/D8857CB21.htm


Dossier de presse de la Ville de Paris sur le projet - http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=7518


Article du journal "Le Figaro" -
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/01/05/03004-20080105ARTFIG00399-la-gaite-lyrique-transformee-en-temple-des-arts-numeriques.php


Site internet de l'ancien parc d'attractions « Planète Magique » - http://planetemagique.free.fr/index2.html



novembre 20, 2006

« Au Pauvre Diable », une survivance discrète du XIXème siècle au cœur de Dijon




































Situé dans le centre-ville de Dijon, se dresse un bâtiment parfaitement intégré dans le tissu urbain du coeur historique,au fronton duquel on peut lire l’inscription « Au Pauvre Diable ». Aujourd’hui occupé par l’enseigne H&M, à deux pas des Galeries Lafayette dijonnaises, les clients fréquentant ce bâtiment ont changé depuis la fin du 19ème siècle où fut créée cette enseigne, mais on continue tout de même de venir y acheter des produits textiles. Le 19ème siècle est l’avènement en France des nouvelles méthodes de vente. A l’application des principes de production capitalistes de ces temps de révolution industrielle, et de l’interdiction des corporations mettant fin aux magasins spécialisés, se développent les célèbres Grands Magasins. Des enseignes comme « Au bon Marché », puis « Le Printemps » et « La Samaritaine » se répandent dans les cœurs de ville, allant même jusqu’à en bouleverser l’organisation urbaine. Cet essor formidable ne profite pas pour autant aux classes populaires immédiatement, la véritable démocratisation arrivant plus lentement. Elle prendra forme à travers des magasins alors plus adaptés à la solvabilité de ces milieux. « Au Pauvre Diable », nom provocateur aujourd’hui, (c’était parfois aussi « Au Pauvre Jacques » ou « Au Gagne-petit ») évoque bien la clientèle visée par ces commerces où se pratiquaient couramment le crédit et la vente au détail. C’est un réel progrès pour ces classes « laborieuses » qui peuvent profiter des économies faites grâce à ce nouveau système où les exploitants du magasin font bénéficier aux clients des marges tirées des différentes économies ; économies d’espace, approvisionnement directe au producteur sans intermédiaires,... Il fallut attendre la seconde révolution industrielle accompagnée des décennies de croissance florissante de l’après-guerre pour que l’on puisse véritablement parler d’une démocratisation du commerce, avec le développement des hypermarchés périphériques. Apparaissaient dans le même temps de nouvelles problématiques liées à ces nouveaux modes de commerce.

Aujourd’hui, l’inscription gravée sur le fronton du magasin à la belle architecture est certainement vide de signification pour les passants et grand nombre de clients fréquentant le magasin. La sociodémographie de la clientèle du H&M diffère très certainement beaucoup de celle d’Au Pauvre Diable il y a 1 siècle. Les clients sont plutôt jeunes, de 18 à 35 ans probablement, et même s’ils profitent de la mode à prix moyen, sont loin d’être majoritairement issus des milieux populaires d’aujourd’hui. Les milieux populaires tendent à vivre de plus en plus éloigné du centre-ville, et malgré des réseaux de transports généralement développés et efficaces, l’appropriation de l’ensemble des commerces par l’ensemble des strates de la société urbaine n’est pas effective d’après les enquêtes sociologiques. Les magasins « bons marchés » ne sont pas pour autant effacés des centres, puisqu’ils servent aux classes moyennes et aisées pour ajuster leur budget au profit des loisirs. Malgré cette présence marginale de quelques boutiques bon marchés, il n’empêche que le centre demeure un endroit cher, aux enseignes de produits locaux peu accessibles aux petits portefeuilles, ainsi qu’aux multiples boutiques de vêtements, modes et autres galeries commerciales. C’est dans ce milieu que se place aujourd’hui cette coquille vide de sens qu’est l’ancien magasin « Au Pauvre Diable ». Dijon, qui figure aux 2 premières places de classements des villes « dynamiques » et « agréables » dans deux hebdomadaires concurrents, veut tirer son épingle du jeu face à la concurrence des autres villes de province, en montrant notamment par son passé dont l’architecture peut témoigner, qu’elle a tout d’une grande ville. C’est une des manières de se montrer attractive aux entrepreneurs. A ce titre, l’enseigne « Au Pauvre Diable » illustre cette image de ville qui a su grandir. Mais elle fait aussi indirectement état de l’apparente sous-représentation des milieux populaires en ces lieux de vie qui ne correspondent plus vraiment à la leur. Des Galeries Lafayette et du « Pauvre Diable », seule les premières ont pu se maintenir en ce centre historique tout en évoluant. Le 2ème a disparu, et les milieux populaires vont le plus souvent effectuer leurs achats depuis la 2ème modernisation dans les hypermarchés et les hards-discount de périphéries. On peut aussi méditer à la vue de cette enseigne du nouveau lien qui unit aujourd’hui centre historique et commerce, un lieu de chalandise destinés à la vente de produits de loisirs, symbole de la société du tertiaire, où l’on va faire ces « courses de détente » (vêtements, restauration de qualité, cinéma,…) dans un environnement urbain agréable, à l’opposé des « courses corvées » du samedi après-midi. Cette dernière fonction urbaine du « commerce de détente » tend à être de plus en plus concurrencée par l’équivalent des regional shopping centers américain, offreuse des mêmes services mais dans la périphérie urbaine, dans de grands complexes réunissant toutes ces offres. Dès lors, on comrend mieux que la recherche d'urbanité prenne certainement plus de sens encore dans ces lieux centraux traditionnels pour les gens qui les fréquentent. Une quête d'urbanité qui peut s'expliquer par l'expression d'une volonté de vivre et s'afficher dans un milieu où l'urbain est connoté positivement dans les représentations, tentative d' appropriation du milieu social supérieur au notre.



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