Photos: Alexandre Laignel
janvier 24, 2010
Skyline et poétique urbaine à Varsovie
Photos: Alexandre Laignel
décembre 18, 2009
Paris dans 20 ans... il y a 40 ans
Merci à Antoine Zbinden, l'ami urbaniste improvisé archéologue qui a déniché ce vieux numéro de Paris Match.
mai 18, 2009
La tour, vraie ou fausse solution pour la "Ville dense" ?
Exposé collectif réalisé dans le cadre de l'enseignement "Enjeux environnementaux de l'aménagement" dirigé par Martine Tabeaud - Magistère 2/Master 1 Paris 1 Panthéon Sorbonne - Décembre 2007.
décembre 28, 2008
Dérive urbaine autour de la rénovation de la Gaité Lyrique
Les habitants du quartier de la rue Papin préfèrent l'appeler la « tristesse muette » plutôt que la « Gaité lyrique ». Entre abandon politique et projets insensés, le bâtiment construit en 1862 par l'architecte Alphonse Cusin a subi ce que certains qualifient de « désastre patrimonial », malgré l'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Depuis le début des années 2000, le projet d'un espace de création et de diffusion voué aux musiques actuelles, et aux arts numériques, s'apprête à ouvrir une nouvelle ère pour le site. A l'heure de la course des grandes métropoles mondiales, l'objectif, défini par la maîtrise d'ouvrage, est de combler le retard accumulé par Paris dans le domaine des musiques « actuelles », à savoir le rap, l'électro et le rock, et en matière d'arts numériques. Sur le chantier, les constructeurs s'affairent à la rénovation de l'intérieur du bâtiment et à la restauration des derniers éclats architecturaux conservés du bâti original traumatisé par la furtive période du « parc de loisir », avant que ne soient mises en place les installations électroniques et télévisuelles qui donneront son âme au nouveau centre multimédia et musicale de la capitale parisienne.
D'Offenbach à la « Planète magique »
Construite en 1861 par les architectes Alphonse Cusin et Hittorf (concepteur de la place de la Concorde), la Gaité Lyrique voit le jour suite à la percée du boulevard Voltaire, alors siège du « théatre de la Gaité », qui amène à déplacer le théâtre à la rue Papin voisine. Une des plus grandes salle parisienne à l'époque, elle cherche à répondre à un des principes porté par Haussmann :"Faire des nouveaux théâtres des monuments dignes de la capitale de la France, les construire solidement et les décorer richement, y créer des accès larges et faciles, des salles bien éclairées, bien aérées...". Le vis-à-vis avec le square des Arts et Métiers permet de mettre plus encore en valeur cette architecture pour le plaisir des promeneurs. Jean Offenbach, qui en prend la direction à partir de 1872, contribue à faire du lieu le « temple de l'opérette »: récitals de Georges Guétary, des Compagnon de la Chanson, ou de Luis Mariano, feront de cette époque celle qui fait aujourd'hui le plus mémoire aux parisiens. Au début du 20ème siècle, la Gaité accueille le succès des ballets russes. Après les guerres mondiales, le lieu s'endort progressivement, accueillant encore quelques représentations, et malgré l'accueil d'une école de théâtre entre 1972 et 1978. Entre problèmes de sécurité et un portage politique de la ville peu enthousiaste, la Gaité se ferme sur le quartier jusqu'à la fin des années 1980.
Alphonse-Adolphe Cusin (1820-après 1895)Théâtre de la Gaîté, élévation de la façade principale et profilsVers 1861Mine de plomb, plume et encre noire, aquarelleH. 68,7 ; L. 102,7 cmParis, musée d'Orsay© Photo RMN, René Gabriel Ojéda
Le nouveau projet, entre « musique actuelle » et « arts numériques »
La nuit blanche de 2002 rouvre le lieu aux parisiens qui découvrent ce « lunar park », contrastant l'historicité de sa façade au futurisme ringard de l'intérieur avec les décors du parc de loisirs. Entre annonce politique et magnification architecturale, l'éphémère de l'évènement Nuit Blanche, mis en place pour l'occasion par un scénographe, contribue à interpeller et questionner les passants sur l'existence de ce lieu. La partie du projet voué aux « arts numériques » constitue l'apport majeur de la réhabilitation du site. La rénovation conduite par le maître d'œuvre « Manuelle Gautrand Architectes » prévoit la restauration des derniers héritages architecturaux du bâtiment décrits plus haut: la façade, l'entrée, et le foyer. Minoritaires, ces éléments composent 400 m² sur une surface totale de 10 000 m². Le projet annonce donc surtout le remodelage complet de l'intérieur du bâtiment.
Façade la Gaité Lyrique en chantier, vue de puis le square des Arts et Métiers
Photographie: Alexandre Laignel, Janvier 2009
Rompant avec la logique du musée monofonctionnel, la Gaité se voudra un espace de production artistique, avec une grande salle de spectacle de 308 places en spectacle (950 en concert), un théâtre des médias, et une salle de conférence d'environ 100 places chacun. A ces espaces dont la vocation sera clairement définie, l'architecte prévoit des « espaces de respiration », réponse aux besoins exigeant du marché de définition. Pour l'essentiel ces espaces accueilleront la partie « création » ainsi que les lieux "publics": expositions, médiathèque, ainsi que les cafés, et les accueils des publics. Modulables en fonction des évolutions des usages, ces espaces pourront être réaménagés pour mettre en lien, ou bien cloisonner, les grands ensembles du bâtiment.
Certains éléments hérités de la période "parc de loisirs" seront aussi réutilisés pour reconstituer le nouveau projet. Si cette période apparaît négativement dans l'histoire du lieu, la conservation de certaines de ces traces s'imposent parfois, comme pour les murs et les planchers, et dans d'autres cas elle se veut un acte du refus de reproduire à nouveau une table rase, à travers la conservation de certains éléments de qualité.
WEBOGRAPHIE
Le Moniteur - http://www.lemoniteur.fr/actualite/architecture_maitrise_oeuvre/travaux_theatre_parisien_gaite_lyrique/D8857CB21.htm
Dossier de presse de la Ville de Paris sur le projet - http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page_id=7518
Article du journal "Le Figaro" -
http://www.lefigaro.fr/culture/2008/01/05/03004-20080105ARTFIG00399-la-gaite-lyrique-transformee-en-temple-des-arts-numeriques.php
Site internet de l'ancien parc d'attractions « Planète Magique » - http://planetemagique.free.fr/index2.html
novembre 20, 2006
« Au Pauvre Diable », une survivance discrète du XIXème siècle au cœur de Dijon


Situé dans le centre-ville de Dijon, se dresse un bâtiment parfaitement intégré dans le tissu urbain du coeur historique,au fronton duquel on peut lire l’inscription « Au Pauvre Diable ». Aujourd’hui occupé par l’enseigne H&M, à deux pas des Galeries Lafayette dijonnaises, les clients fréquentant ce bâtiment ont changé depuis la fin du 19ème siècle où fut créée cette enseigne, mais on continue tout de même de venir y acheter des produits textiles. Le 19ème siècle est l’avènement en France des nouvelles méthodes de vente. A l’application des principes de production capitalistes de ces temps de révolution industrielle, et de l’interdiction des corporations mettant fin aux magasins spécialisés, se développent les célèbres Grands Magasins. Des enseignes comme « Au bon Marché », puis « Le Printemps » et « La Samaritaine » se répandent dans les cœurs de ville, allant même jusqu’à en bouleverser l’organisation urbaine. Cet essor formidable ne profite pas pour autant aux classes populaires immédiatement, la véritable démocratisation arrivant plus lentement. Elle prendra forme à travers des magasins alors plus adaptés à la solvabilité de ces milieux. « Au Pauvre Diable », nom provocateur aujourd’hui, (c’était parfois aussi « Au Pauvre Jacques » ou « Au Gagne-petit ») évoque bien la clientèle visée par ces commerces où se pratiquaient couramment le crédit et la vente au détail. C’est un réel progrès pour ces classes « laborieuses » qui peuvent profiter des économies faites grâce à ce nouveau système où les exploitants du magasin font bénéficier aux clients des marges tirées des différentes économies ; économies d’espace, approvisionnement directe au producteur sans intermédiaires,... Il fallut attendre la seconde révolution industrielle accompagnée des décennies de croissance florissante de l’après-guerre pour que l’on puisse véritablement parler d’une démocratisation du commerce, avec le développement des hypermarchés périphériques. Apparaissaient dans le même temps de nouvelles problématiques liées à ces nouveaux modes de commerce.
Aujourd’hui, l’inscription gravée sur le fronton du magasin à la belle architecture est certainement vide de signification pour les passants et grand nombre de clients fréquentant le magasin. La sociodémographie de la clientèle du H&M diffère très certainement beaucoup de celle d’Au Pauvre Diable il y a 1 siècle. Les clients sont plutôt jeunes, de 18 à 35 ans probablement, et même s’ils profitent de la mode à prix moyen, sont loin d’être majoritairement issus des milieux populaires d’aujourd’hui. Les milieux populaires tendent à vivre de plus en plus éloigné du centre-ville, et malgré des réseaux de transports généralement développés et efficaces, l’appropriation de l’ensemble des commerces par l’ensemble des strates de la société urbaine n’est pas effective d’après les enquêtes sociologiques. Les magasins « bons marchés » ne sont pas pour autant effacés des centres, puisqu’ils servent aux classes moyennes et aisées pour ajuster leur budget au profit des loisirs. Malgré cette présence marginale de quelques boutiques bon marchés, il n’empêche que le centre demeure un endroit cher, aux enseignes de produits locaux peu accessibles aux petits portefeuilles, ainsi qu’aux multiples boutiques de vêtements, modes et autres galeries commerciales. C’est dans ce milieu que se place aujourd’hui cette coquille vide de sens qu’est l’ancien magasin « Au Pauvre Diable ». Dijon, qui figure aux 2 premières places de classements des villes « dynamiques » et « agréables » dans deux hebdomadaires concurrents, veut tirer son épingle du jeu face à la concurrence des autres villes de province, en montrant notamment par son passé dont l’architecture peut témoigner, qu’elle a tout d’une grande ville. C’est une des manières de se montrer attractive aux entrepreneurs. A ce titre, l’enseigne « Au Pauvre Diable » illustre cette image de ville qui a su grandir. Mais elle fait aussi indirectement état de l’apparente sous-représentation des milieux populaires en ces lieux de vie qui ne correspondent plus vraiment à la leur. Des Galeries Lafayette et du « Pauvre Diable », seule les premières ont pu se maintenir en ce centre historique tout en évoluant. Le 2ème a disparu, et les milieux populaires vont le plus souvent effectuer leurs achats depuis la 2ème modernisation dans les hypermarchés et les hards-discount de périphéries. On peut aussi méditer à la vue de cette enseigne du nouveau lien qui unit aujourd’hui centre historique et commerce, un lieu de chalandise destinés à la vente de produits de loisirs, symbole de la société du tertiaire, où l’on va faire ces « courses de détente » (vêtements, restauration de qualité, cinéma,…) dans un environnement urbain agréable, à l’opposé des « courses corvées » du samedi après-midi. Cette dernière fonction urbaine du « commerce de détente » tend à être de plus en plus concurrencée par l’équivalent des regional shopping centers américain, offreuse des mêmes services mais dans la périphérie urbaine, dans de grands complexes réunissant toutes ces offres. Dès lors, on comrend mieux que la recherche d'urbanité prenne certainement plus de sens encore dans ces lieux centraux traditionnels pour les gens qui les fréquentent. Une quête d'urbanité qui peut s'expliquer par l'expression d'une volonté de vivre et s'afficher dans un milieu où l'urbain est connoté positivement dans les représentations, tentative d' appropriation du milieu social supérieur au notre.





