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décembre 18, 2009

Paris dans 20 ans... il y a 40 ans

L'image joue un rôle majeur dans la démarche de "Grand Paris" du Gouvernement, confiée aux 10 équipes d'architectes. Cartographie, croquis, perspectives... l'outil graphique devient souvent le principal support de communication du projet. Il y a 40 ans aussi, à l'heure de l'ascension du modernisme en France sous le Gouvernement De Gaulle et des Trentes Glorieuses, le "poids des images" dans la communication de masse est décisif. Le numéro 951 du journal Paris Match paru en juillet 1967 présente les traits d'un projet "choc" où le béton, la verticalité, et la dissociation des flux marquent un paysage parisien bouleversé.

Merci à Antoine Zbinden, l'ami urbaniste improvisé archéologue qui a déniché ce vieux numéro de Paris Match.



 








décembre 02, 2009

Les collectivités locales ont besoin des compétences des urbanistes

Tribune à lire dans le journal l'Humanité

Francis Beaucire - Professeur d'Aménagement et Urbanisme et Directeur du Master Aménagement et Urbanisme de l'Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne
Sylvie Fol - Professeure d'Aménagement et Urbanisme et Directrice du Master 1 Aménagement et Urbanisme de l'Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne
Isabelle Géneau – Maître de conférences en Géographie et Aménagement à l’Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne
Baptiste Danel - Urbaniste-Géographe - Délégué du Collectif National des Jeunes Urbanistes
Alexandre Laignel – Urbaniste-Géographe – Vice-président de l’association des étudiants en Urbanisme de l'Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne

Alors que le projet gouvernemental de réforme territoriale dessine le fonctionnement futur des collectivités locales, depuis 2 ans, les diplômés en urbanisme voient peu à peu se fermer les portes du concours d’ingénieur territorial option urbanisme. En cause, le durcissement de l’application de deux décrets (1) de 2002 et 2007 relatifs aux équivalences de diplômes. Seuls les diplômés de formations « techniques et scientifiques » (ingénieurs, architectes et géomètres) peuvent désormais s'y présenter. Ce retour en arrière occulte la véritable dimension des métiers de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire qui nécessitent une formation à la croisée des disciplines, notamment des sciences sociales. Cette évidence ne semble en tout cas pas admise par la direction des concours du CNFPT chargée de l'application des décrets. A croire que les résultats de l'application de modèles mathématiques et de la technicisation de l'urbanisme - que sont les grands ensembles ou les hypermarchés périurbains - n'ont pas montré leurs limites !

Les candidats au concours ont vu les lettres de refus tomber par centaines cette année (1600 selon la direction des concours du CNFPT fin juin). Par exemple, sur les 30 diplômés du Master d’urbanisme de l'Université Paris 1 en 2008, les 5 candidats ont été écartés par la Commission d'Equivalence des Diplômes de la session orale, et cela en dépit de leur réussite à l'épreuve écrite d'admissibilité. Avec un diplôme de niveau bac + 5 en urbanisme, ils n'étaient pas suffisamment qualifiés... pour prendre part au pilotage des politiques urbaines de nos collectivités locales. Les effets de ces décrets - limitant l’accès au concours aux seuls titulaires de diplômes « scientifiques et techniques » - sont déroutants : un diplômé en biologie a plus de chance de piloter la révision d’un Plan de Déplacements Urbains ou d’un Plan Local d’Urbanisme qu'un autre issu d’une formation en urbanisme !

Cette situation apparaît d’autant plus ubuesque que les plus de 1500 ingénieurs territoriaux issus de l'Université ont fait leurs preuves auprès des décideurs locaux, qui reconnaissent et recherchent leurs qualités pour piloter leurs politiques urbaines.

L’émulation d’idées autour de l’intercommunalité, ainsi que le développement d’une pensée urbaine mêlant urbanisme et transport (loi SRU), a montré l’indispensable dépassement du cloisonnement disciplinaire pour répondre aux enjeux des villes du 21ème siècle : développer les mobilités en lien avec les logiques d’urbanisation, désenclaver les territoires, ou encore atténuer les ségrégations sociospatiales. L'urbaniste y joue un rôle clef aux côtés des élus qui font la ville de demain, qu'il éclaire de ses compétences en diagnostic et prospective, développées au croisement des différents champs disciplinaires. Ces décrets renversent ainsi le mouvement d’échange transdisciplinaire impulsé par l'avènement du développement durable au cœur des politiques publiques.

Si le CNFPT a juridiquement raison en appliquant la loi, il a politiquement tort au regard des conséquences de son application : nombre de collectivités locales vont être contraintes de se passer de profils correspondant à leurs besoins. Pourtant, en l’état actuel du régime statutaire de la fonction publique territoriale, le grade d’ingénieur territorial est le seul permettant d’exercer toute la palette de métiers de la ville au sein de nos collectivités locales.

15 associations (2) d'étudiants et diplômés des formations en urbanisme ont créé le Collectif National des Jeunes Urbanistes. Soutenu par les organisations professionnelles et universitaires de l'urbanisme (3), le CNJU a publié un projet de Lettre ouverte sur son site Internet (4) à destination des ministres PECRESSE, WOERTH et MARLEIX qui a déjà reçu plus de 3000 signatures dont celles de nombreux urbanistes renommés. Des parlementaires ont adressé des questions écrites au gouvernement et de nombreux élus dont les présidents de l'AdCF, de l'AMF, du Forum pour la gestion des Villes, de l'ANAH, de l'ANRU ou de l'USH, ont signé la Lettre ouverte. Ces élus considèrent que l'urbanisme n’est pas une science d'État mais une politique publique décentralisée et demandent au gouvernement de « revoir sa copie » : la réécriture de ces décrets est indispensable et doit rétablir l'accès des urbanistes au concours dès la session 2010.

(1) Décret n° 2002-508 et décret n°2007-196
(2) AIPT (Ecole Polytech'Tours), Assoc'IATEUR (Institut d'Aménagement du Territoire et d'Environnement de l'Université de Reims), EAUB (Institut d'Aménagement, de Tourisme et d'Urbanisme de Bordeaux), ENVAR (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de Lille), ENVOL (Institut d'Aménagement et de Développement Territorial de Toulouse), GéoArchi (Institut de Géoarchitecture de Brest), Magistram (Université Paris 1-Panthéon Sorbonne), TransPers (Université Lyon 2 et Ecole Nationale des Travaux Publics de l'Etat), Urba & Co. (Institut d'Urbanisme de Grenoble), Urba & Urbi (Institut d'Urbanisme de Lyon), Urbam's (Institut d'Aménagement et d'Urbanisme de Paris - Sorbonne), Urba Plus (Institut d'Urbanisme de Paris), UrbaPonts (Ecole Nationale des Ponts et Chaussées), Urba'Voc (Institut d'Aménagement Régional d'Aix-en-Provence), Urbi (Institut Français d'Urbanisme)
(3) APERAU, CFDU, SFU et UT
(4) http://www.acces-urbanistes-fpt.fr

mai 26, 2009

Résumé d'atelier de fin d'étude - Les potentiels d'une valorisation du réseau de la RATP par le fret urbain - Etude prospective

Atelier de fin d'étude, commande pour la RATP.
Étude de type prospective.
"Les potentiels d'une valorisation du réseau de la RATP par le fret urbain - Etude prospective"
Étude à diffusion restreinte

Sous la direction de Monsieur le Professeur Francis BEAUCIRE,
Stéphane COBO pour la RATP






L’Ile-de-France, principale région économique d’Europe, est un espace à enjeux en matière de fret urbain. Chaque année, près de 60 millions de tonnes de marchandises y entrent et 40 millions de tonnes en sortent. La livraison des marchandises s’organise aujourd’hui de manière segmentée en fonction des nombreuses filières composant l’économie de l’agglomération parisienne. Les modes routiers – semi-remorque, 3,5 tonnes, véhicule utilitaire, et voiture – sont de fait les plus utilisés1, pour les 500 000 livraisons journalières qui irriguent Paris intra-muros.


Ce constat pose le point de départ de la présente étude dont l’objectif est de dessiner les traits du fret urbain parisien à l’horizon 2050, grâce à l’usage des modes de transports collectifs ferrés. La multiplicité des acteurs impliquée permet de rendre compte de la complexité du problème. Les acteurs « traditionnels » présentent un état des lieux du fonctionnement actuel du fret urbain : transporteurs, collectivités locales, petits commerces, SNCF, La Poste, etc. D’autre part, les « nouveaux » acteurs tendent à éclairer sur les tendances émergentes, voir future du fret : RATP, commerces de vente en ligne, la « Petite Reine » et sa flotte de vélos triporteurs, mais aussi ceux qu’on appelle « les rêveurs » – sociologues, urbanistes, économistes – et qui réfléchissent dès aujourd’hui aux innovations qui pourraient changer le fret urbain de demain. De là on parvient à dessiner les traits d’un futur système de transport, qui laissent apparaître une série d’enjeux conditionnant le succès du fret urbain sur mode non-routier :


* aménagement des sites de transbordement périphériques ;
* aménagement de véhicules « mixtes » pour le transport de marchandises et le transport de voyageurs ;
* synchronisation sur le même réseau entre véhicules dédiés aux transport des seules marchandises et véhicules dédiés aux personnes ;
* traitement des liaisons verticales entre les profondeurs du métro et la surface ;
* syndication des livraisons aux différents destinataires pour agréger temporellement et spatialement l’éclatement des livraisons ;
* création d’un conteneur universel pour le transport ;
* création de petits entrepôts de logistique intégrés dans la ville ;
* solutions pour rendre le « dernier kilomètre » propre ;
* identification d’une autorité encadrante.


La mise en œuvre de ces objectifs intéressera les pouvoirs publics, leur prise en compte avançant des réponses concrètes aux objectifs inscrits dans le cadre du protocole de Kyoto. En effet, le transport de marchandises constitue une des principales sources de pollution en Ile-de-France. Par exemple, il est responsable à lui seul de 26 % des émissions globales de CO2.

La viabilité économique apparaît également au cœur de cette étude et justifie l’intérêt spécifique qui est portée aux expériences d’autres agglomérations de typologie proche de celle de Paris. L’approche adoptée de benchmarking vise à identifier les niches de marchés potentielles en réponse aux demandes latentes que nous avons identifiées.


A plus long terme, ces initiatives mises en œuvre à Paris, se devront d’être d’une part des expériences phares capables d’enclencher l’impulsion de nouvelles initiatives, et elles contribueront d’autre part à aménager plus encore le réseau de transport vers le fret. Vers un nouvel urbanisme, qui intègrerait la logistique et le fret urbain comme des composantes à part entière et intégrée de la fabrique de la Ville.


L’étude se décompose en quatre temps : nous dresserons dans un premier temps un état des lieux du fonctionnement actuel du fret urbain dans le cas parisien, sous le prisme des chaînes logistiques et des modes de transport, croisés aux enjeux environnementaux et réglementaires. Après quoi nous examinerons les mises en œuvre étrangères ou françaises sous la forme d’un Benchmarking, qui nous permettra ensuite d’analyser les possibilités futures qu’offrent les réseaux de RER, de métros et de tramways de la région Ile-de-France. Jugée fondamentale dans le cadre d’une approche intégrée du fret urbain à l’échelle parisienne, la question des sites de transbordement périphériques fera l’objet de la dernière partie, et proposera une étude de connectivité de différents sites pouvant potentiellement devenir dans le futur des lieux pivots dans l’organisation de la livraison des marchandises vers les espaces urbains centraux.


PLAN:

1ère partie : Le transport de marchandises en ville : chaîne logistique & modes de transport
Le transport de marchandises
Les impacts environnementaux
La réglementation en vigueur
Les sites de transbordement
Deux exemples de livraisons alternatives à l’utilitaire pour le dernier kilomètre


2ème partie : Benchmark :
Dresde : CarGoTram
Amsterdam – CityCargo
Zurich – Cargo-Tram
Ile-de-France – Le Monoprix
Madrid – Metro-Barajas
Les Chemins de Fer Fédéraux helvétique – Chek-in & Fly Rail Baggage
Étude de faisabilité entre CDG et les Halles


3ème partie : Quel potentiel de fret urbain en Ile-de-France ?
Le RER
Le métro
Le tramway


4ème partie : Les sites stratégiques du transbordement du futur – Etude de connectivité
Sélection de 15 sites franciliens et analyse de connectivité


Le transport de marchandises possède une place centrale dans le fonctionnement économique et social des villes, de n’importe qu’elle taille soit elle. En effet, nous ne pouvons consommer uniquement ce que notre territoire produit. C’est pourquoi l’Ile-de-France a généré un trafic de 286 millions de tonnes en 2003, et à Paris c’est 500 000 livraisons qui sont effectuées quotidiennement. En rajoutant à ces chiffres que la route véhicule quasiment l’ensemble de ces déplacements, les enjeux du TMV sont donc bel est bien centraux dans le fonctionnement des agglomérations.


Contradictoirement, le TMV est mal connu. Et même les pouvoirs publics sont totalement désengagés dans la gestion de ces déplacements. Bien que ce ne soit pas de la mauvaise volonté, cette situation s’explique essentiellement par le nombre faramineux d’acteurs qui entrent en jeu. En effet, tout individu peut être considéré comme acteur de la chaîne logistique, rien que par sont statut de consommateur.


Face à cette situation et aux externalités que le TMV produit (pollution, bruit, occupation de la voirie, sécurité routière, etc.), les pouvoirs publiques essayent d’encadrer ces déplacements et ainsi diminuer ces externalités. Le Plan de Déplacements Urbains d’Ile-de-France, actuellement en révision, est éloquent sur cette volonté. Un enjeux du futur PDUIF est de : « Promouvoir une organisation du transport de marchandises plus respectueuse de l’environnement :

* […]
* En favorisant le transport de marchandises par voie d’eau et le fret ferroviaire
* Réfléchir à la localisation des plates-formes logistiques et à leur usage multimodal »2


Le transport de marchandises par le fer a donc toute sa légimité mais sa mise en place n’est pas chose aisée. Instaurer un système de fret urbain sur les réseaux ferrés de surface ou souterrains, de manière globale pour les livraisons de marchandises apparait illusoire, en tout cas pour ce début de 21ème siècle. En effet, une refonte générale des chaînes logistiques serait nécessaire et extrêment complexe étant donné le nombre d’acteurs concernés, ayant tous des attentes et des priorités propres. Mais l’utilisation de ces réseaux pour le TMV reste possible ponctuellement, en agissant sur une chaîne logistique ou un service précis (en limitant les acteurs). Les nombreux exemples européens en témoignent.


Tout au long de cette étude, nous avons chercher à cibler des marchandises, à imaginer de nouveaux services qui permettraient d’étendre l’offre d’un transporteur urbain tel que la RATP. Les résultats présentent donc la RATP comme un acteur ayant un fort potentiel pour le développement de fret urbain. En effet, elle offre déjà actuellement un service unique, dont dépend tous les parisiens, et des horaires de services inégalés. Un service de déplacement de colis de station à station, ou un service de livraison de bagages entre la ville et les gares et aéroports, ont a eux seuls un potentiel de plus de 2 millions de clients. En effet, tout citoyen ne se déplace que rarement les mains vides, et les touristes encore moins. Poser la question autour de vous, vous verrez vite l’enthousiasme et les idées d’appropriation d’un tel service par chacun…


février 27, 2009

Cartographie - Les sites de transbordement périphériques pour un transport de marchandises urbain "propre" à Paris

Une étude collective pour la RATP à laquelle je participe a pour but d'imaginer le visage du transport de marchandise en ville de demain à Paris. Voir les réseaux ferrés - train, RER, tramway et métro - comme un réseau de transport de marchandises, les stations correspondant à des points de livraisons potentiels, cela dans une perspective d'horizon 2020-2030. Enjeu ambitieux quand on sait que les modes de déplacements voiture/camion représentent aujourd'hui à Paris près de 95% du transport de marchandises. Parmi les enjeux soulevés par une telle question, l'étape de la livraison entre les entrepôts de périphérie et les centres urbains denses de l'agglomération est importante.

Première carte produite dans le cadre de ce travail, la représentation du réseau de transport rapporté à l'espace "réel" (non pas à l'espace "mental" tel que les lignes de métro et RER sont représentées aux usagers) permet de mieux saisir l'espace sur lequel se déploie le réseau. La deuxième information représentée est l'ensemble des "sites logistiques", généralement situés en périphérie, où sont stockées les marchandises livrées depuis l'extérieur à destination de la région Ile-de-France.

La concordance géographique entre stations et sites logistiques met ici en évidence les espaces stratégiques où pourraient se développer des pôles multimodaux périphériques "route-RER" ou "route-métro", voir "fer-métro", permettant de reléguer le camion à la périphérie pour envisager un acheminement périphérie-centre sur fer qui soit "propre". Ainsi la station RER A d'Achères dans les Yvelines se situe à un carrefour route/fleuve/RER stratégique, et présente une surface assez grande pour être aménagée en une "porte d'entrée du fret ferroviaire urbain".

La suite de cette chaîne logistique reste encore à créer. Les cas concrets d'usage du métro pour le transport des marchandises en ville sont encore limités, les quelques installations de locaux de livraisons des marchandises implantées aux stations de Chatelet-Les Halles (Colissimo) ou de Saint-Germain-en-Laye ne correspondant qu'à des expérimentations touchant à des niches de marché très précises. De même que les diverses contraintes techniques posées sont encore immenses: à quel moment de la journée utiliser les lignes de RER et métro pour le transit ? comment concevoir les déplacements verticaux des marchandises entre le sous-sol du métro et la surface ? enfin, comment envisager la livraison sur le "dernier kilomètre" - entre station et commerce - qui représente en cumulé une quantité très importante d'émissions de gazs à effet de serre et de particules ?